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Île ou finistère?

Un nouveau paysage littoral pour soulager la pointe du Hourdel.

 

Diplôme obtenu avec les félicitations du jury.

Candidat au « Diplômes de paysage : les talents 2013 » Fédération Française du Paysage.

Exposé au Chai de Bercy // Paris XIIe // printemps 2013.

 

Situation : Pointe du Hourdel // Baie de Somme // France 

Type : Travail Personel de Fin d’Etudes // Baptiste Marquet

Année : Présenté à l’ENSAPL en Juillet 2012

 

Le choix de mon diplôme est né d’une volonté de revenir aux disciplines qui m’ont amené au paysage: la géographie physique d’une part et le projet sociétal, politique, porté sur un territoire, d’autre part. Qu’il y ait concordance entre eux ou pas, c’est bien dans leur interaction, dans les aléas de leur histoire commune que s’inventent nos paysages. Revenir à la reconnaissance progressive de cette co-existence pour questionner la responsabilité du paysagiste dans la préservation, la transmission, la valorisation et la gestion de ce patrimoine.

La Baie de Somme, labélisée Grand Site de France, fait partie de ces territoires complexes, tiraillés entre dynamiques naturelles et obstination humaine, entre héritage et mutation du paysage. Elle offre aussi l’occasion de travailler sur un site dont l’acceptation à priori comme étant ‘‘un’’ ou ‘‘du’’ paysage du fait de son caractère ‘‘exceptionnel’’ et ‘‘esthétique’’ est relativement consensuelle, partagée, presque exemplaire. Ce constat fait, le sens qu’on donne à ce paysage et la valeur qu’on lui accorde sont loin d’être aussi unanimes. La Baie de Somme est devenue depuis 20 ans une destination prisée des amateurs de tourisme de ‘‘nature’’ et s’est dotée de toute une batterie d’outils de mesure, de protection et de valorisation de son territoire (zones ZNIEFF, ZICO, RAMSAR, site classé, site inscrit, réserve naturelle et désormais Grand Site de France). Cette reconnaissance du patrimoine naturel et paysager trouve ses origines dès les années 70 avec le parc du Marquenterre, pionnier dans la définition d’un projet politique basé sur le paysage. Mais elle tient surtout au fait que malgré son histoire balnéaire précoce (1840), le littoral Picard demeure un des moins urbanisés de France. L’espace arrière-littoral, territoire de polder appelé Bas-Champs, constitue un espace géographique continu avec la côte, refusant de se sacrifier au tourisme car réservé de longue date aux activités traditionnelles: agriculture, chasse et industrie du galet.

Cet espace de ‘‘nature’’ supposée, inscrit dans l’imaginaire collectif du panorama des paysages français, ne devrait-il son salut qu’aux hommes qui l’entretiennent?

Ici plus qu’ailleurs, l’homme s’est adapté et a contraint le territoire. D’abord pour en faire un lieu de pâture, d’abris pour les bateaux, puis un lieu de culture et de vie. Il a composé avec les éléments physiques et biologiques pour créer une harmonie toute relative, fragile, un mode de vie particulier, amphibie, paradoxal voir schyzophrène. Ici, on ne vit pas avec la mer mais contre elle. Harmonie fragile, car les éléments savent aussi rappeler à l’homme qu’il n’est pas chez lui, étant eux-même des acteurs de la vocation de ce territoire (ex : capacité de résilience telle qu’ils contribuent à la perte du caractère balnéaire des lieux). De cette relation sont nées des traditions tenaces, le sentiment de vivre relativement en marge et un paradoxal refus du changement. Hautement anthropique, ce territoire voit la part artificielle de sa constitution pourtant largement évincé au profit d’un discours naturaliste, alors même que ce mode de vie et ce relatif équilibre participent du renouveau de son attrait.  La demande en tourisme de ‘‘nature’’ menace cet équilibre en y déplaçant les problèmes du tourisme de masse (logements, besoins en aménagements, dispositifs de protection), mais surtout en imposant une hiérarchie spatiale à un territoire déjà largement contraint. La pointe du Hourdel fait partie de ces lieux d’exception qui focalisent l’attention et déséquilibrent le territoire. Par sa configuration morphologique, ses modalités d’accès et de fréquentation, elle est devenue un lieu sur-fréquenté impactant l’ensemble des Bas-Champs.

En se référant à l’histoire des lieux et en cherchant des traces de patrimoine, il apparaît qu’il faille creuser cette relation particulière qu’entretiennent ces hommes et leur territoire. Il s’est constitué par poldérisations successives en s’appuyant sur un flux de galets charriés depuis la Normandie. Leur accumulation par ‘‘crochons successifs’’ est toujours l’épine dorsale du polder et les traces dans les terres expliquent leur exploitation industrielle . Ce substrat instable a rendu nécessaire l’édification de digues qui sont des formes spécifiques aux Bas-Champs et la condition à leur scénographie. Il s’agit donc de porter un projet qui repose sur la reconnaissance de cette relation génératrice de formes et de mode de vie, mais qui n’oppose pas patrimoine à évolution du territoire. Cette évolution s’étaie sur la variabilité du trait de côte, le nécessaire recul vers l’espace arrière littoral et le rééquilibrage territorial. Le projet décline une série de digues mobilisant les forces en présence disponibles: naturelles, matérielles et humaines, pour organiser ce paysage dans le temps et anticiper ses transformations physiques.

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